Ann C. Kato, Professeur
Département des Neurosciences fondamentales, Faculté de Médecine
Université de Genève
Le cerveau, structure la plus complexe de notre organisme, est responsable du contrôle de toutes les activités du corps humain : fréquence cardiaque, émotions,
capacité d’apprendre, ainsi que maintien de la mémoire. Le cerveau détermine nos pensées, nos espoirs, nos rêves et notre imagination. En bref, nous sommes humains grâce à notre cerveau.
Pour ces différentes raisons nous sommes très concernés par les modifications qui peuvent survenir dans le cerveau au cours du vieillissement. Dès 40 ans le volume
du cerveau commence à diminuer, principalement au niveau des cellules gliales, qui sont les cellules nourricières des neurones. Mais contrairement à ce qui était admis depuis longtemps, le nombre
de neurones diminue très peu. Ce n’est que dans les pathologies neurodégénératives, telles la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson que certaines populations de neurones diminuent de
manière importante.
Le vieillissement est certes accompagné de diverses modifications affectant la mémoire ou d’atteintes des fonctions motrices telles que troubles de l’équilibre et de
la coordination ou d’une diminution de la force musculaire. On se sent moins apte à effectuer plusieurs opérations mentales simultanément, on est plus facilement distrait et l’on souffre
d’insomnie car les cycles du sommeil sont souvent perturbés. Les capacités de protection et de réparation du cerveau diminuent en outre avec l’âge : celui-ci devient plus vulnérable à un
phénomène dénommé « stress oxydatif ».
Par contre il est à noter que les personnes âgées en bonne santé sont parfaitement capables d’apprendre, certes moins vite que les personnes jeunes, mais elles sont
capables de retenir tout aussi bien les informations. De plus il est important de relever que nous pouvons contribuer à maintenir notre cerveau en forme et à en retarder le vieillissement :
l’exercice physique et mental ainsi que la nourriture jouent un rôle majeur pour la santé de notre cerveau. Il a été démontré chez le rat, que l’exercice physique stimule la production de
cellules souches dans certaines régions spécifiques du cerveau. Les facteurs responsables de la croissance et de la survie des neurones dans le cerveau sont produits durant un exercice physique.
Chez l’homme, des études ont montré que l’exercice aérobic contribuait à une amélioration de la mémoire « exécutive » qui est liée à la prise de décision, au raisonnement, à
l’élaboration de projets, à la planification et à la résolution de problèmes.
Comme il a été démontré dans une étude en 2005 publiée dans « Cell » l’exercice s’avère être important, même lors d’une affection neurodégénérative. Des
souris affectées de la maladie d’Alzheimer et soumises à des activités physiques ont présenté une diminution de la quantité de plaques (qui semblent jouer un rôle important dans la maladie) et
une augmentation du taux d’une enzyme responsable de la dégradation de ces plaques.
Au cours des 20 dernières années il a été démontré qu’un régime équilibré peut diminuer les risques de maladies cardiovasculaires, de cancers et de diabète. Il est
également profitable au bon fonctionnement du cerveau.
Grâce à une amélioration de notre régime alimentaire nous pouvons influer sur l’apport de substances bénéfiques aux neurones. Il est bien connu qu’un régime riche en
fruits et légumes (aux effets anti-oxydants et anti-inflammatoires) et faible en graisses saturées est associé à une bonne santé. Dans la catégorie des fruits, les myrtilles contiennent le plus
d’anti-oxydants, suivies par les mûres, les cassis et les fraises ; les oranges et les cerises en contiennent beaucoup moins. En ce qui concerne les légumes, les choux frisés et les épinards
contiennent plus d’anti-oxydants que les brocolis, les oignons ou le maïs.
Un groupe de chercheurs a testé les effets d’extraits de myrtilles administrés durant huit semaines à des rats âgés et à une souche de souris vulnérable à la maladie
d’Alzheimer. Une notable amélioration de l’activité physique et de la mémoire a ainsi été observée chez ces animaux.
Un anti-oxydant puissant, le resvératrol, se trouve dans les grains de raisin rouge. Plusieurs équipes de chercheurs ont montré que cet agent est neuroprotecteur
dans des modèles de souris de la maladie de Huntington et d’Alzheimer.
Enfin, le jus de grenade contient une très forte concentration de polyphenols, une autre classe de substances anti-oxydantes. L’activité anti-oxydante du jus de
grenade est même plus élevée que celle du vin rouge et du jus d’oranges. Une activité neuroprotectrice du jus de grenade a été démontrée dans plusieurs études utilisant un modèle de la maladie
d’Alzheimer et d’une maladie neurodégénérative des neurones moteurs chez la souris.
En conclusion, un régime alimentaire approprié associé à une activité physique et mentale est à même de stimuler l’activité neuronale et par conséquent il n’est pas
surprenant que ce régime puisse retarder l’occurrence de certaines maladies du cerveau et le vieillissement cérébral.